22 juillet 2014

Aller de l'avant - Un an après

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Il y a quelques jours, Aerials33 et Tto discutaient, entre autres choses, de la mort des blogs. Je ne vais pas refaire le débat ni même essayer de le trancher, mais une phrase m'a interpellé de cet échange, selon laquelle le déclin des blogs serait consécutif à une certaine paresse des blogueurs eux-mêmes. 

Et je dois dire que, me concernant, c'est assez vrai. Certes ce n'est pas l'unique raison, j'en conviens, mais tenir un blog et l'alimenter suppose un certain travail (oserais-je parler d'effort ?) qu'il est bien commode de régulièrement ranger aux oubliettes car, au fond, rien ne nous oblige à bloguer, sinon - dans mon cas - le plaisir.

En faisant du ménage sur mon blog, je suis retombé sur ce brouillon inachevé. Il remonte à juillet 2013. C'était il y a un an.
"Je n'aime pas les lendemains de week-end. Ce boisseau d'heures épineuses à l'ambiguité malsaine qui nous partagent entre joie et nostalgie. D'un coté la réminicence moelleuse des moments passés, l'or vibrant des souvenirs amoncelés et l'espoir rayonnant des fois prochaines entourés d'êtres qui nous sont chers. De l'autre, le vide nauséeux de cet après, où les rêves s'arrêtent pour laisser place au quotidien granuleux. 


Le week-end, une parenthèse bienfaitrice qu'il est sain de renouveler le plus tôt possible. Au fond, je sais que cela ne tient souvent pas à grand chose. Une pointe de folie sauvage qu'il nous faut renoncer à apprivoiser. Ce sont nos folies qui nous font avancer..."
Ca me fait drôle de relire cette ébauche. Et la première chose qui m'a frappé, c'est son ton passablement mélancolique, preuve manifeste que je n'allais pas très bien.

Je me souviens de ce mois de juillet-là. Professionellement parlant, ce n'était pas vraiment glorieux. Après avoir fui un pervers narcissique qui me traitait comme une sous-merde, je croyais avoir trouvé asile chez quelqu'un de bien. Malheureusement pour moi, nos relations se sont très rapidement dégradées. Je l'ai quitté quelques mois mois plus tard sans regrets aucun. Je suis sorti de ces deux mauvaises expériences plutôt abîmé, au point de me plonger dans d'insondables remises en question. Aujourd'hui encore, je garde certains stigmates de cette époque de grande déprime et de mal-être.

Et puis vint cet électrochoc. Que dis-je : cet impact météorotique qui est venu tout faire exploser dans ma vie...

Un an après, hé bien... je ne sais pas trop par quel bout commencer !
J'ai entrepris un virage interdimensionnel dans ma vie et pour l'instant, je ne regrette rien. Tout n'est pas simple, tout n'est pas rose chaque matin. Le moral oscille souvent entre une forme d'euphorie béate et et un profond découragement doublé d'une envie sanguine de tout foutre en l'air. Mais non...

Et puis certains jours, d'excellentes nouvelles arrivent. Des efforts sont récompensés. Les pièces d'un immenses puzzle prennent leur place et s'ajustent. Lentement mais sûrement. De jolies fondations pour des lendemains meilleurs.

Il me reste encore du chemin à parcourir et je sais que je n'ai pas encore fini d'en découdre avec l'administration, mais je veux y croire, jusqu'au bout.

Ce sont nos folies qui nous font avancer. 

19 juillet 2014

Bonheur funèbre

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De mes deux grands-pères, je n'en ai connu qu'un seul, que nous appelions Papi. Il habitait, avec ma grand-mère, à quelques pas seulement de chez nous. De ce fait, nous le voyions tous les jours, soit qu'il venait nous chercher moi et mon frère à l'école, soit que nous passions lui faire la bise en rentrant le soir.

C'était un personnage singulier mon grand-père. Un homme de la terre, dur et âpre comme celle, argileuse, qu'il cultivait dans cette plaine de Garonne où j'ai grandi. 

Il ne prêtait guère attention à son allure, ayant souvent un accoutrement négligé, vêtu d'un invariable pantalon de velour côtelé marron et de sandales en toile rafistolées. Lui, passablement rustre, s'en foutait. Ce n'était pas son problème. Ses affaires marchaient, même très bien, et c'était bien là l'essentiel. Il savait en revanche se faire élégant pour les grandes occasions, dans un grand écart stylistique dont il avait le secret.

Je ne me souviens pas de l'avoir entendu rire souvent. Au contraire, je me rappelle très bien de ses tonitrunats accès de colère qu'il deversait froidement en un ouragan de décibels. "Mais, taisez-vous !" tonnait-il régulièrement le dimanche du bout de la table qu'il présidait, alors qu'il écoutait son émission politique à laquelle je ne comprenais strictement rien. "Bon Dieu alors, c'est pas possible...!"

Combien de fois ai-je vu ma mère rentrer en pleurs après s'être fait copieusement injurier pour une broutille ? Attablé à mon bureau, la fenêtre ouverte, le mercredi après-midi, pour faire mes devoirs, je me souviens très distinctement de l'écho de ces épisodes qui me le rendaient particulièrement antipathique au point de parfois redouter d'avoir à le croiser.

Lui et ma grand-mère se disputaient tout aussi régulièrement. Elle partait alors s'enfermer dans sa chambre - ils faisaient lit à part - prétextant un mal de tête. C'est du moins l'argument qui nous était servi lorsque nous allions les voir et que mon grand-père se trouvait seul dans la cuisine, impassible. 

Seul le travail manuel trouvait gràce à ses yeux. Aussi préférait-il nettement mon frère, peu porté sur les études et qui trouvait toujours un prétexte pour le rejoindre dans les champs, sur les tracteurs. Mes penchants littéraires et musicaux l'indifferaient au plus haut point. Lire ? Une activité de fainéant... Il ne manquait d'ailleurs pas de me le faire savoir, dès mon plus jeune âge, en dénigrant ouvertement mes heures plongées dans un bon bouquin. De là vient probablement cette forme de non-amour que je lui portais, symétriquement opposée à l'affection inconditionnelle que mon frère lui vouait, et qu'il recevait en retour de cet homme aux cheveux totalement blancs.

Non, ce n'était pas un personnage qui m'inspirait une franche sympathie, quoiqu'il fut mon grand-père et malgré la tendresse naturelle que se portent mutuellement les membres d'une même famille. 

Il faut croire que j'étais le seul à avoir développé cette forme d'indifférence et je ne puis dire aujourd'hui quel était l'état de ses sentiments à mon égard. Plusieurs fois ma mère m'a dit qu'il serait fier de moi et de ce que je suis devenu, de ma profession de notable et des belles fréquentations du grand monde qui sont parfois les miennes. Peut-être... 

Le jour de son décès, il y a plus de vingt ans, fut un véritable drame, même si la dégradation de son état de santé laissait prévoir l'imminence funeste. Le patriarche s'en était allé, et avec lui tout un pan de l'histoire familiale. Personnage connu dans tout le département, l'église du village pour ses funérailles fut aussi bondée qu'un soir de Noël. Même notre vieil ouvrier, qui avait travaillé pour lui pendant quarante ans, était venu le saluer la larme à l'oeil, avant son ultime départ.

Plus tard, dans la soirée de cette journée qui se voulait sombre, ma mère, en pleurs, me fit un reproche alors que je flânais sur le trottoir devant la maison :
- On dirait presque que tu es content...
Le plus terrifiant dans cet histoire c'est que, à cet instant précis, je l'étais vraiment.

16 juillet 2014

La radio des blogueurs de l'été 2014

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Mon premier été Montréalais. C'est une sensation assez étrange de voir s'égrener le fil des saisons, manifestation tangible du temps qui passe, dans un pays qui n'est pas le sien, loin des siens et de ses amis. Certaines lumières, certains bruissement du vent dans les feuilles, certains instants de vent doux dans le silence d'une rue ensoleillée, me rappellent Toulouse à la même époque, sa douceur de vivre, ses tintements de verres, ses rires perdus dans les ruelles.

Je ne me lasse pas de parcourir Montréal, particulièrement en vélo, le nez au vent. Il faut dire que la ville est très bien aménagée pour la petite reine. Les nombreuses pistes cyclables sont, aux heures de pointe, de véritables cycloroutes. Des chenilles de vélos filent le long des rues en un balet ponctué de stops et de feux rouges que toute la colonie respecte comme un seul homme. Indéniablement, et malgré ses dimensions, Montréal possède un agréable visage humain.

Pour en venir au sujet premier de ce billet, ma petite souris préférée a toqué à ma porte pour participer, comme l'an passé, à la radio des blogueurs de l'été 2014 de Lolobobo.

Vaste question que celle du choix : sur quel morceau jeter mon dévolu ? La règle est terrible car il n'en fat qu'un.

Mon choix de l'été aura une saveur hautmement locale puisque je m'en vais vous faire écouter  We Exist du groupe indépendant originaire de Montréal Arcade Fire. Le titre est bon, et clip vraiment fort. J'ai pris une grosse claque.



Et maintenant, voyons ce que Glimpse, François et Chris ont entre les oreilles cet été.
Les règles du jeu sont .


écoutez la radio des blogueurs

26 juin 2014

Au bord du Canal de Lachine

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Montréal est connue pour être une grande ville particulièrement verdoyante. Loin d'usurper cette réputation, la métropole regorge d'espaces verts qui sont autant d'aires de promenades et de détente, que de terrains de jeux pour les légions d'écureuils (eux non-plus, ne sont pas légendaires) qui peuplent la ville.

Lundi, profitant d'une belle journée de soleil, des amis m'avaient proposé une balade en vélo le long du canal de Lachine, l'un des grands axes verts de Montréal, au sud de l'île. 

Le canal de Lachine s'étend sur 14,5 kilomètres entre le Vieux-Port et le lac Saint-Louis. Voie navigable intérieure richement industrialisée au XIXe siècle puis laissé à l'abandon dans les années 1970, le canal fut judicieusement transformé en parc urbain accessible à pied (et oui, on peut arriver à pied par Lachine) comme à vélo, et même en rollers. 


Les vestiges de ce passé sont encore largement visibles ici et là, notamment par les immenses silos et autres bâtiments laissés en sommeil dans l'attente d'une réhabilitation, ou d'autres qui on pris un second souffle. En fait, ce canal m'a beaucoup rappelé un mélagne entre le canal du Midi et le quartier de Puerto Madero de Buenos Aires (d'ailleurs en fouillant dans mes archives je me rends compte que je n'avais même pas consacré une ligne à ce quartier emblématique de Buenos Aires... bigre !), ou encore Bilbao au Pays Basque espagnol. C'est  étonnant comme, aux quatre coins du monde, les mêmes causes produisent les mêmes effets.


Le long du canal, à proximité du marché Atwater, havre de paix entrecoupé du passage de quelques gigantesques - et fort laids - ponts routiers, se construisent de beaux grands appartements hors de prix, ménageant une architecture de style québécoise traditionnelle avec un environnement exceptionnel. C'est très joli. 


Le canal est aussi ouvert à la plaisance. Il est révolu le temps des péniches et des bateaux commerciaux arpentant les eaux désormais bien tranquilles. À tel point que nous y avons croisé des outardes et leurs petits en train de brouter de l'herbe, à l'ombre des peupliers. 


Celle de droite était particulièrement agressive. Si je n'avais pas été en short je n'aurais pas hésité à m'approcher davantage. Mais là l'opération était trop risquée pour mes jambes et mes poils ! 

Bien moins dangereuse - et tout aussi agréable - était  l'observation de quelques jolis garçons torse nu venus faire bronzette le long des berges du canal. Et je dois dire que le chromosome "bûcheron" fait des merveilles en la matière... Hé oui, c'est aussi cela les plaisirs de la nature ! 


L'extrémité sud du canal se termine par un grand parc et un port de plaisance. Il doit faire bon y venir picniquer puis s'adonner à une petite sieste, bercé par le murmure des feuilles bruissant aux vent. Mais attention aux coups de soleil ! En effet, si le Québec est réputé pour ses hivers polaires, l'été en revanche y est chaud, humide et particulièrement ensoleillé. N'ayant pas mis de crème solaire (oui, c'est idiot), je ne suis retrouvé avec les bras couleur homard... 

Oui, décidemment il fait bon vivre à Montréal.

17 juin 2014

Le monde merveilleux des z'animals : La Moufette

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Tout au long des immenses territoires du Canada en général et du Québec en particulier, abonde une faune sauvage aussi foisonnante que joviale. Parmi la multiplicité des bébêtes rigolotes trop kawaï que compte le pays, je vais aujourd'hui vous parler d'un animal typiquement nord-Américain : la moufette

Aussi connue sous son autre nom de sconse, ou encore de putois, la moufette rayée  est à peu près de la taille d’un chat, mais plus corpulente, avec une tête plutôt petite, des pattes courtes et une queue fournie.  

Mais attention : derrière son allure placide, cet animal, à qui l'on ferait bien de prime abord un rô rô câlin tellement c'est kro kro meugnon tout plein (j'en vois déjâ tomber en pamoison au fond de la salle), doit cependant susciter la plus vive méfiance. Oubliez Bambi et la jolie Fleur aux yeux doux qui papillonnent : préparez-vous rencontrer une créature du diable !

Les moufettes sont en effet classifées dans la catégorie des "Mephitis mephitis". Et rien que cela devrait commencer à vous titiller un peu le questionnomètre.

Rappelons-nous ensemble la définition de méphitique
Vieilli ou littér.A. − Dont l'exhalaison est malfaisante, toxique, parfois puante, désagréable. Synon. délétère, infect, fétide, vicié, malodorant, nauséabond.Gaz, vapeur méphitique; odeur méphitique. L'air méphitique m'en a chassé [du palais de justice de Valence].
[source]
Le mot moufette, d'origine italienne, remonte au XVIIIe siècle et vient du napolitain mufeta qui a donné mofetta en italien, ce qui désigne littéralement une exhalaison pestilentielle puis, par métonymie, les fumeroles de gaz sulfureux qui s'échappent des volcans en éruption...

Pendant longtemps, les moufettes ont été classées parmi les mustélidés (avec les putois, les loutres, les belettes, les blaireaux…), mais, depuis la fin des années 1990, elles sont considérées comme constituant une famille à part entière : les méphitidés.

La moufette possède une technique de défense qui n'appartient qu'à elle : lorsqu'elle se sent menacée, la moufette projette un liquide très malodorant par les canaux de ses glandes anales, et en asperge ceux qui l’ennuient. Ce liquide est un alcool sulfuré (3-Méthylbutane-1-thiol, C5H12S, pour les spécialistes) qui, sur les yeux, provoque une brûlure intense. Il peut aussi provoquer des nausées et une cécité passagère.

Projeté avec une assez grande précision sur environ cinq mètres, ce liquide vous imbibera d'une délicate odeur particulièrement tenace qui tiendra au moins deux semaines.

Sachez, à titre de comparaison, que la seule odeur d'une moufette qui se promène le nez  au vent peut se répandre sur plus d’un kilomètre, ce qui laisse largement le temps de changer de trottoir ou de direction bien avant la rencontre fatale.

Mais, vous demandez-vous, est-ce que ça pue vraiment autant que ce qu'on en dit ? Comment une si petite bébête tellement si adorablissime pourraît être un monstre de puanteur ? Seriously ? 

La réponse est : oui ! Et même bien plus que ce que vous pouvez imaginer. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que, au Québec, la moufette est aussi appelée "bête puante".

A ce sujet, dès 1929, le naturaliste canadien Ernest Thompson Seton cherchait à décrire l'odeur des moufettes. Voici le fruit de ses conclusions : 
« Réunissez de l'ammoniac fort, de l'essence d'ail et du soufre en combustion, ajoutez une partie de gaz d'égouts, un jet de vitriol et un soupçon d'essence de musc, mélangez le tout et concentrez-le mille fois. »
Toujours envie d'en voir une en vrai ?

12 juin 2014

Prendre racine

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Déjà plus d'un mois que je n'ai rien écrit du tout ici. À plusieurs reprises pourtant je me suis dit que telle anecdote pourrait susciter l'intérêt ou que tel état d'âme ferait un joli billet qu'il me ferait du bien de relire dans quelques temps. Mais je n'ai rien écrit, du tout, ni même consigné la moindre bribe d'idée dans un quelconque brouillon. Engranger, c'est prévoir, anticiper. Et pour l'instant, il m'est assez difficile de me projeter. Je vis surtout au jour le jour, ma ligne de mire ne franchissant pas le seuil de la semaine.

La cause de cet état est à rechercher dans l'inconfort de ma situation actuelle qui me sappe les éléments indispensables à un degré minimal de stabilité. Je parle de certaines incertitudes quant à ma situation professionnelle ici. En arrivant au Québec, j'ai dû repasser des examens professionnels pour obtenir certaines équivalences, et je les ai obtenues. Maintenant, et depuis de longues semaines, je suis dans l'attente d'un courrier l'officialisant. Pour ma malchance, des élections récentes ont occasionné un changement de gouvernement, et donc de ministres, ce qui ralentit davantage une machine administrative peu réactive. C'est pénible, et long. Pendant ce temps il m'est bien entendu impossible de travailler, ce qui rajoute une couche d'inconfort à ce magma de nébulosité. 

Niveau boulot, le milieu semble encore plus hermétique qu'en France. Chaque jour fait s'accroître en moi la désagréable certitude qu'il est difficile de trouver du travail sans être préalablement recommandé. J'ai un peu l'impression de me débattre dans une piscine remplie de chewing-gum : cela ne fait pas mal, c'est doux et moelleux, presque agréable, mais garre à qui ne touche pas rapidement le bord.

Et pendant que je cherche à prendre racine ici, je vois mon filleul grandir sur les photos que ma mère m'envoie tous les mercredis. Il a bien poussé. Il a une bonne bouille. 

L'autre jour j'ai planté quelques fleurs dans le bout de jardin qui donne sur la ruelle arrière. C'est joli, cela met un peu de couleur et de gaité au bout de la pelouse. Une manière d'essayer de m'approprier cet endroit, de le faire mien, et, par une forme de métonymie, d'y prendre un peu, moi aussi, mes racines.

7 mai 2014

Mon Abécédaire Montréalais

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A comme Amours. Et je dois dire que jusqu'ici tout va bien.

B comme Bixi, les vélibs de Montréal. Plus chers que leurs cousins, ils doivent réellement constituer un moyen simple et agréable de se déplacer dans cette immense métropole.

C comme Caniche, celui qui règne en maître sur la maison. Mon chat n'en aurait probablement fait qu'une bouchée.

D comme Dollars, mais canadiens. Ma nouvelle monnaie. Les nouveaux billets sont en matière synthétique, drôle de sensation sous les doigts. Les centimes sont des "sous". Les pièces de 5 sont plus grosses que celles de 10.

E comme Érable, l'arbre dont la sève cuite donne le fameux sirop, et dont le feuillage s'embrase à l'automne. L'un des symbole du Canada.

F comme Froid. Celui de l'hiver, particulièrement rude cette année. On y survit,

G comme Géographie. La géographie Montréalaise est un poil atypique en ce que les points cardinaux sont tous déplacés d'environ 30 degrés vers l'Est afin de positionner l'île de Montréal selon une orientation Est-Ouest. De ce fait, le Nord se retrouve presque à l'Est, l'Est au Sud, et ainsi de suite.

H comme Histoire. Celle que le pays n'a pas et qu'il essaie pourtant de valoriser au maximum. L'Europe, vieux continent, possède à cet égard une richesse dont elle n'a pas bien conscience.

I comme Île, celle de Montréal. On ignore très souvent la particularité insulaire de cette ville et ses inévitables conséquences en terme de circulation automobile. Cela permet de comprendre tous les enjeux que constituent la rénovation (et donc la fermeture subséquente le temps y nécessaire) d'un pont tel que le pont Champlain, objet de bien des moqueries et querelles.

J comme Jeux, ceux olympiques de 1976. Le stade et sa tour (volontairement) penchée de 65 mètres de haut (son inclinaison va de 23° à 63,4° de la base vers le sommet) sont des éléments architecturaux emblématiques de Montréal.

K comme Kilos, ceux que l'on prend rapidement ici tant le sucre est omniprésent, et pas seulement dans le sirop mentionné à la lettre E. Encore une fois on n'est pas en Amérique du Nord pour rien.

L comme Laurent. Ici il est Saint et se fait fleuve.

M comme Mont Royal, qui domine la ville. C'est aussi une station de métro sur le plateau, le quartier branché.

N comme Nourriture. La bouffe est, à Montréal, omniprésente, comme il se doit en Amérique du Nord.

O comme Orignal. Il est facile d'en croiser partout autour de Montréal. Du moins c'est ce qu'affirme la signalétique routière.

P comme Poutine, la spécialité culinaire du Québec à base de frittes, fromage et sauce brune. Loin de la grande gastronomie, ce plat a le mérite d'être peu cher et particulièrement nourissant. On peut également en déguster d'excellentes au homard...

Q comme Québec, la Belle Province.

R comme Ruelles, celles qui, indissocilables de l'urbanisme Montréalais et probablement de beaucoup de villes d'Amérique du Nord, desservent l'arrière des maisons.

S comme SAQ (Société des Alcools du Québec), société d'État chargée de la commercialisation de l'alcool sur tout le territoire du Québec. Les généreuses taxes appliquées portent la moindre piquette au tarif d'un grand cru.

T comme Taxes, qui ne sont jamais incluses dans les prix affichés. C'est énervant au plus haut point.

U comme Universelle, l'exposition de 1967 dont il reste encore quelques pavillons, dont celui de la France reconverti en casino.

V comme Village, le quartier gay de Montréal. En journée on peut y croiser de jolis spécimens. Les nuits y sont - dit-on - de tous les excès.

W comme Waquete. Le Waquete est un animal aquatique nocturne que l'on doit probablement croiser dans les eaux du Saint-Laurent, puisque né à Montréal.

X comme Xavier Dolan, jeune et talentueux réalisateur Montréalais, dans la sélection officielle de Cannes cette année.

Y comme Youville, Marguerite d'Youville, née Marie-Marguerite Dufrost de Lajemmerais, le 15 octobre 1701 à Varennes, près de Montréal au Canada et décédée le 23 décembre 1771 à Montréal. Religieuse catholique, fondatrice des Sœurs de la Charité de Montréal, communement appelées Sœurs Grises, elle est la première personne née au Canada à être canonisée. Liturgiquement commémorée le 3 mai (ou le 16 octobre, au Canada).

Z comme Zigomatiques, ceux qui s'agitent chaque année durant le festival Juste Pour Rire, l'un des très nombreux festivals qui ont lieu tout au long de l'année à Montréal.

4 mai 2014

Echec et mat

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Ma fascination pour le jeu d'échecs remonte à mon enfance. Parler de fascination n'est, je crois, pas galvaudé. Aussi loin que je m'en souvienne, les échecs m'ont toujours intrigué. Dans mon entourage ce jeu passait pour obscurément complexe, ce qui a probablement décuplé ma curiosité avide de découvertes.

Jusqu'à l'autre soir, je n'avais pas eu l'occasion de toucher un échiquier depuis dix ans. Mon dieu, dix ans déjà... c'était l'époque de mes  premières années de doctorat à la faculté et durant lesquelles, plusieurs fois par semaine durant cet été là, je jouais avec un ami dans la pénombre de sa chambre d'étudiant passablement délabrée. 

C'était tout un rituel que nos parties. Nous nous servions tout d'abord une tasse de café noir et amer, à peine teinté de lait, qui nous tenait en éveil jusqu'à l'aube. Venait ensuite la mise en place, figure par figure, de notre armée de bois prête à nous obéir au doigt et à l'oeil. Comme il n'en possédait pas, c'est à moi qu'incombait la lourde responsabilité d'apporter mon jeu. Un jeu en bois tout simple, composé d'un un plateau pliable à l'intérieur duquel de petites alvéoles permettaient de loger chaque pièce à sa place. L'ouverture du coffret chemisé de velour vert était par lui seul un petit cérémonial. Et à chaque fois se dégageait cette odeur melliflue de vernis si caractéristique. C'est seulement la pièce parfumée de fragrances épicées que nous entamions notre lutte intellectuelle par damier interposé. 

Nous jouions pour le plaisir, mais l'un comme l'autre animé d'une ferme intention de victoire. Grâce à lui, joueur acharné et intransigeant, j'ai beaucoup progressé ce qui, en soit, ne relève pas d'un grand exploit tant je partais de loin. Je n'ai jamais été un grand joueur ni un grand stratège en dépit de mes efforts. Lui faisait preuve d'une véritable virtuosité.

Aussi lorsque l'on me proposa de jouer une partie l'autre soir, j'acceptai volontiers séance tenante, habité toutefois d'une vague incertitude quand à mes aptitudes : serai-je encore capable ?

Mon adversaire du soir installa l'échiquier sur la table. Un petit échiquier de plastique noir et blanc, tout simple. Jouant les blansc, me revint la charge de jouer le premier coup. Au même moment m'assaillirent les premiers doutes : comment ouvrir cette partie ? Allais-je jouer le pion du roi pour libérer la dame ? Ou celui du roi pour pouvoir déployer mon fou ? Prendrais-je le risque de sortir un cavalier, exposant mon jeu à certaine fermeture ?

Lui ne se posait visiblement pas tant de question : sa réponse fut instantanée et sûre. Quelques coup plus tard il avait déjà mis son roi à l'abri en roquant alors que je peinais à prendre possession de l'espace. Diable... L'ennemi jouait avec une certaine désinvolture, regardant seulement distraitement la partie, comme s'il n'avait besoin d'aucune attache matérielle pour visualiser avec exactitude l'emplacement de chacun des trente deux guerriers bicolores qui s'affrontaient en silence. Moi, au contraire, la tête figée dans mes mains moites, les yeux rivé sur le damier, je m'enfermais dans une réflexion qui aurait pu être sans fin, destabilisé par la hardiesse presque insultante de celui qui me faisait face.

Bientôt je perdais deux pions, puis un fou. Quel drame ! Un fou, le maître des diagonales ? Ma figure préférée ! Celle qui, perfide, sait si bien frapper dans les coins. Puis advint un drame, ma première mise en échec que je contrai d'une riposte de pion. Je ne pouvais pas perdre. Ah ça non ! Pas ce soir. C'était une question dhonneur !

Peu à peu je reprenais le dessus. Mon travail préliminaire d'occupation portait ses fruits. Mieux encore, coup après coup la stratégie ennemie me devenait visible. Je le voyais concentrer son attaque sur ma dame : ici une tour en embuscade, là sa propre dame prête à frapper, plus loin un fou barrant le passage à une éventuelle contre-attaque... Pourtant cet arsenal à l'affût d'un assaut foudroyant laissait ouvertes une large brèche dans une fragile défense. 

Et bientôt, aveuglé par une victoire qu'il croyait facile et proche, c'est lui qui succombait à un habile coup de tour qui condamnait définitivement son roi, cloué derrière une ligne de pions qu'il pensait salvatrice. 
« Échec et mat ! » lançais-je dans un demi sourire de satisfaction. 
Quoique n'affichant que modérément ma joie, ne vous y trompez pas, intérieurement je jubilais : « Victoire ! »

Aussitôt faite cette annonce, et sans chercher à la contester, mon adversaire s'empressa de renvoyer le régiment en garnison comme pour effacer toute trace de sa cuisante déroute, me privant du même coup du plaisir de savourer quelques instants supplémentaires le tableau de ma domination. Décevant. 

Irais-je jusqu'à dire mauvais joueur ? La bonne foi me conduit à conclure qu'une telle accusation serait probablement déplacée : peut-être aurais-je pu tout simplement prévoir la réaction de mon adversaire en pareille circonstance, s'agissant d'un enfant de dix ans...

14 avril 2014

Le jour où j'ai rencontré mes beaux parents

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Que dire de plus que ce titre ? Je tourne et retourne la question dans tous les sens depuis l'autre jour sans y trouver de réponse adéquate. Tout est là : j'ai rencontré mes beaux-parents

Peu importent les circonstances, je dirai simplement que tout s'est bien passé. Et même très bien, ayant été gratifié d'une poignée de main et d'un rare sourire de beau-papa, réputé pour son caractère naturellement bougon, particulièrement exacerbé jusqu'à l'inhospitalité en présence d'étrangers. 

Curieusement, la perspective de faire connaissance avec la famille de mon chéri ne m'a causé aucune angoisse particulière. Lui était bien plus plus stressé que moi dans cette histoire, ce qui est un peu normal eu égard à notre tempérament respectif. J'étais au contraire profondément serein. 

Aujourd'hui pourtant une sensation bizarre m'envahit lorsque j'y pense : c'est la première fois que je suis amené assez loin dans une relation pour connaître ma belle-famille. Oui, la première fois. Cela pourra paraître ridicule à beaucoup, car au fond quoi de plus commun ? Mais d'un autre côté, quoi de moins anodin que de présenter la personne que l'on aime à ses parents ? Mutatis mutandis je sais que je serai probablement mort de trouille le jour où ce sera à mon tour de le présenter à eux.

Pour étrange qu'elle soit, cette sensation n'est pas désagréable, que l'on ne s'y méprenne pas. Elle me cause néanmoins un léger vertige, le genre de vertige que l'on peut éprouver lorsque, randonnant en montagne depuis quelques heures, une trouée dans les arbres permet d'apercevoir la plaine, offrant au marcheur un coup d'oeil spectaculaire sur la vallée et que s'échappe un "Wow !". Ce "Wow !" qui tout à la fois marque la beauté du paysage et témoigne de la considération du chemin parcouru depuis le départ, au pied du sentier.

Wow,
J'ai rencontré mes beaux-parents...

3 avril 2014

Plus c'est gros...

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... mieux ça passe.

Après avoir subi un hiver particulièrement rude de l'aveu même des Québécois les plus endurcis - nous avons encore eu une tempête de neige dimanche dernier ! - voici que commencent à poindre les premiers jours d'un véritable printemps. Enfin !

Vous pensez bien que face à un tel spectacle, ce n'est pas maintenant que j'irai travailler dans l'une des zones les plus hostiles, climatiquement parlant, de la planète. Non, vraiment, je vous assure, le froid pôlaire à congeler un orignal sur place les trois-quart de l'année, ce n'est pas pour moi.


Franchement, si joli que puisse être le Vanuantu, je ne me vois pas vraiment affronter de la neige jusqu'au mois de juin et une température moyenne de +15°C en été. Moi qui vient d'une région où le soleil est roi.

Et puis, Iqualut, dont le nom signifie « les poissons » en inuktitut, ça aurait pourtant dû vous mettre sur la piste...


Seriously...

Oui, voici poindre le joli printemps. Pouvoir sortir sans cass' de pwoêl (comprenez : chapeau en fourrure), ni gants ni écharpe est un luxe dont je savoure la volupté. Partout la glace hivernale fond goutte à goutte au soleil. Les rues bruissent du chant cristalin de mille filets argentés qui s'écoulent en fins ruisseaux serpentant entre les autos.

Même les écureuils sont sortis de leur cachette et commencent à galoper jovialement d'arbre en arbre, utilisant les câbles électriques pour enjamber les routes. Je ne me lasse pas de les observer ces petite bêbêtes.


Vivement que les arbres se couvrent enfin de bourgeons et de fleurs qui, paraît-il, rendent la ville de Montréal si agréable à la belle saison.


Oui, vivement !